Six ans déjà qu'elle est partie...
Madame K. a croisé notre route, et depuis, on parle encore d'elle à la maison. "ça, c'est Tata K qui me l'avait offert" ou "comme le disait Madame K..."
Madame K est entrée dans notre vie quand je cherchais une nounou à domicile. Je n'avais alors que deux enfants. Mais les mesures gouvernementales de l'époque étaient si avantageuses qu'il était nettement plus intéressant d'avoir quelqu'un chez soi pour s'occuper des enfants, de la maison, du linge... que de courir chez une assistante maternelle pour déposer ses enfants tôt le matin ou les récupérer tard le soir.
Dès son appel téléphonique, elle nous a tout de suite plus. "Je m'appelle Madame K, je suis tunisienne. Mais attention, je suis une Tunisienne moderne, je porte des caleçons, et je ne suis pas copine avec les barbus".
Tout de suite, elle nous a emportés dans son tourbillon de bonne humeur, avec sa chaude voix et son grand rire qui nous explosait à la figure pour un oui pour un non.
Tous les matins, elle était très ponctuelle, pestant contre les cars qui l'empêchaient d'arriver plus tôt.
Tous les matins, elle arrivait bien habillée, bien coiffée, bien maquillée. Elle était très belle.
Tous les matins, elle apportait quelque chose : un petit vêtement trouvé au marché, un gâteau qu'elle avait fait, un fruit nouveau à faire goûter aux enfants, un souvenir de Tunisie pour moi ou ma mère...
Les enfants lui sautaient dans les bras en criant "Tata K !" Et elle les écrasait de tout son amour contre sa forte poitrine.
Le soir, notre maison était impeccable, les enfants aussi, ils sortaient du bain. Tout propres, tout calmes.
Dans la journée, elle jouait à la poupée, surtout avec Lulu : s'amusant à l'habiller, à la coiffer... Elle se promenait souvent avec eux, leur faisait découvrir leurs jouets.
Ils étaient pour elle comme ses petits-enfants. Pourtant, elle était jeune. Je réalise qu'elle avait l'âge que j'ai aujourd'hui. Je ne me sens pas encore prête à être grand-mère !
Quand j'étais en congé de maternité pour Choup, elle est restée avec moi. Comme ça, je pouvais me reposer, et elle conservait son salaire.
On a partagé de bons moments d'intimité. J'ai vu comment mes enfants piochaient dans son assiette, préférant son repas au leur. J'aimais qu'elle me parle d'elle, de son enfance heureuse en Tunisie. Elle me parlait du jasmin, de fenouil, de grenades...
Elle me racontait comment elle s'était mariée, puis était arrivée en France à 17 ans et eut rapidement ses 3 enfants. Son niveau de vie avait bien chuté, ils ont vécu longtemps dans une caravane... mais son amour pour son mari valait tout l'or du monde.
Puis un jour, tout a basculé. Elle a dû nous quitter pour se battre contre un cancer.
Elle s'est bien battue. A été très forte. Quand nous allions la voir, la gaieté était toujours de rigueur. Malheureusement, le crabe a gagné.
Comme me l'avait dit son mari : elle a tout fait trop tôt, trop vite, trop fort.












